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Les racines du mouvement communautaire autonome

Le mot autonome n’a pas toujours été accolé au mouvement communautaire. En effet, il n’est venu se greffer officiellement qu’avec l’adoption, en 2001, de la Politique gouvernementale – L’action communautaire : une contribution essentielle à l’exercice de la citoyenneté et au développement social du Québec. Le mouvement communautaire autonome s’est forgé à l’intérieur d’une société en mouvance. Il s’y est enraciné et y a grandi en subissant l’influence des grands vents dominants. Pour mieux comprendre la nature de ce mouvement, il convient de se rappeler son évolution et celle de la société dans laquelle ils évoluent.
 
Les années 60
La période d’après-guerre est marquée par la Révolution tranquille et laisse place à réorganisation complète de l’appareil étatique québécois. Bien que nous soyons dans le règne de l’État Providence, il y a également un accroissement des inégalités sociales. Les années 60 voient naître les débuts de ce que nous appelons aujourd’hui l’action communautaire. Vers la fin des années 60, une distance commence à se créer entre la charité et une action populaire qui prend forme. Ces années favorisent un changement social par l’appropriation du pouvoir par les citoyens.
 
Les années 70
Vivre dans les années 70, c’était se sentir partie prenante d’une société en changements dans ses structures et ses idéologies. Des années très agitées au niveau politique, marquées entre autres par la Crise d’octobre. Au niveau communautaire, un vent d’expérimentation sociale souffle et les comités citoyens se multiplient. De multiples projets novateurs issus de la communauté et axés sur la participation sont mis en place.  Bref, les années 70 sont marquées par le fait d’offrir des services adaptés aux besoins et aspirations des personnes par l’établissement de liens et de lieux d’appartenance.
 
Les années 80
Les années 80 sont marquées par les impacts de la crise économique mondiale de la fin des années 70. Ainsi, nous assistons à un désengagement de l’État orienté vers la privatisation et les hausses de tarifs dans les services publics. Au niveau communautaire, avec tous les impacts de la crise économique et du désengagement de l’État, plusieurs regroupements d’organismes communautaires adoptent une visée de transformation sociale.  C’était le début d’une tradition axée sur le partenariat et la concertation et ce, dans un contexte de réorganisation sociale, politique et économique.
 
Les années 90
Les années 1990 sont marquées par un discours dominant qui porte sur la réduction de la dette et des déficits publics. Un long cheminement vers un renouvellement des relations entre les organismes communautaires et l’État se met en branle. La réforme Côté de 1990 reconnaît les organismes communautaires comme des partenaires à condition qu’ils s’intègrent dans les priorités gouvernementales. Par la suite, la Loi 120 (1994) vient reconnaître le rôle des organismes communautaires en spécifiant son apport en santé et services sociaux. La lutte pour la reconnaissance de l’autonomie prend de plus en plus de place.
 
Les années 2000
La première décennie est marquée par un mot : réingénierie de l’État. L’État veut revoir l’ensemble de sa composition et nous assistons à de nombreuses réformes au sein de nombreux ministères. La vision néo-libérale prend de l’ampleur et une intervention limitée de l’État est prônée. Nous assistons à une augmentation marquée des partenariats publics-privés et de fondations privées qui prennent une place importante dans les choix des orientations gouvernementales. Un mouvement social se met en place et s’accentue par un front commun du secteur public.
 
Au tournant de 2010, le discours politique misant sur la peur fait réagir les organismes communautaires autonomes de partout au Québec. Il y a une volonté de s’unir pour porter un message fort qui vise un meilleur financement, mais aussi un respect des droits des citoyens et citoyennes.